Agoraphobie

Gary : Une femme qui souffre d'agoraphobie depuis vingt-cinq ans m'a téléphoné. Je me suis rendu chez elle, à une quarantaine de kilomètres de chez moi. Elle habite dans la campagne. C'était une femme gentille, qui m'a accueilli avec son petit-fils J.

Marie peut sortir de la maison mais ne s'éloigne jamais de plus de 50 mètres sans sentir de la chaleur intense dans son corps, de la panique et autres réactions de peur. Elle dit que c'est sa "maladie."

J'ai d'abord voulu créer un rapport harmonieux. En lui parlant la veille, je savais que c'était déjà fait, mais je savais aussi qu'elle avait des inquiétudes par rapport à son petit-fils. Je me suis tourné vers lui, d'abord. Je me suis agenouillé sur un genou pour me placer à son niveau et en parlant comme lui, j'ai demandé : "Quel âge as-tu ?" Il s'est tout de suite senti à l'aise avec moi, et m'a dit qu'il jouait à faire la cloche. J'ai fait un son de cloche, "dong, dong". alors qu'il balançait sa tête de gauche à droite. Le rapport est vite créé si on choisit d'être flexible et sincêre. Marie a adoré, ce qui est important. Ceci inspire confiance et permet que les personnes s'ouvrent davantage.

J'ai dit à Marie que j'avais souvent des réussites immédiates, mais que ce problème d'agoraphobie ne serait peut-être pas un de mes miracles-minute. Ceci m'a permis de créer un rapport encore plus intime, puisque je me branchais à une croyance qui existait chez elle. Une autre phobie pourrait être vite soulagée, mais pas la sienne. C'est ainsi qu'elle le voyait. Elle était tellement sérieuse et elle en souffrait depuis tellement longtemps. De plus, selon Marie, cette phobie était causée par des abus passés, des facteurs héréditaires, des déséquilibres chimiques, etc. Elle a peut-être raison. Qui sait ? Je ne voulais pas en discuter au risque de nuire à notre rapport harmonieux, C'est tellement important de le maintenir. Alors, j'ai dit : "Bien sûr. Je ne fais pas de promesses. Mais si nous arrivons à faire un peu de progrès, nous n'aurons pas perdu notre temps, n'est-ce pas ?" (J'ai dit ceci en haussant le ton à la fin de la phrase, pour que ceci semble une question plutôt qu'une affirmation.) Elle m'a dit qu'elle était d'accord, juste au moment où le chat me sautait sur les cuisses pour s'installer bien confortablement.

J'ai d'abord expliqué que l'EFT est une forme d'acupuncture psychologique. Elle n'avait jamais reçu une session d'acupuncture, mais connaissait l'acupression. Encore une fois, je me branchais à ses croyances existantes. C'était bien un peu bizarre pour elle, mais elle voulait bien essayer.

Nous n'avons pas travaillé l'agoraphobie tout de suite parce que :

Mon intuition me disait que son agoraphobie était un symptôme de causes plus profondes.

Je voulais qu'elle se sente à l'aise avec ce processus.

Je voulais qu'elle obtienne le relâchement d'un problème émotionnel avant de travailler sa plus grande peur. Ceci m'indiquerait si oui ou non elle serait à l'aise avec ce processus et inspirerait peut-être davantage confiance.

Assis au salon, nous avons tapoté pour deux problèmes. Le premier concernait les injures de son père. Avec deux courtes séquences, nous avons fait passer l'intensité de 9 à zéro. Nous avons ensuite tapoté pour un problème un peu plus global : "Ma mère ne m'aime pas." Ceci est passé de 10 à zéro en deux minutes. Dans les deux cas, je lui ai ensuite demandé d'imaginer les situations d'une façon aussi vivante que possible, et d'essayer de se sentir dérangée. Elle en était incapable. Elle a dit : "Je m'en souviens, c'est vrai, mais pourquoi m'y attarder ?" C'était bien agréable. Tout avait été fait paisiblement, les tapotements, les affirmations. J était calme et m'observait intensément. Le chat, couché sur mes cuisses, ronronnait.

Nous sommes sortis pour voir comment ce processus fonctionnerait avec son agoraphobie. Je lui ai rappelé qu'elle n'avait pas besoin de faire preuve de courage et d'affronter sa peur. Elle n'avait pas à essayer de voir jusqu'où elle pouvait aller pour ensuite s'enfuir vers la maison. Plutôt, nous allions écouter son système énergétique qui nous indiquerait quand il fallait tapoter. Ce serait sans la moindre douleur. Je lui ai dit de me l'indiquer dès qu'elle sentirait la moindre intensité - même un 1 ou un 2. J'ai expliqué : "C'est l'occasion de tapoter, ne la laisse pas passer."

J'ai proposé un endroit à environ 50 mètres de sa maison (sa limite) et elle a tapoté en disant : "Je vais au-delà de ces 50 mètres." Aucun problème. Nous nous sommes avancés jusqu'à cet endroit, et toujours aucune intensité. Un autre 50 mètres. Elle n'avait toujours pas peur mais une voix intérieure lui disait qu'il était temps de commencer à avoir peur et que si elle continuait, elle le regretterait. Je m'attendais à ceci. N'oubliez pas qu'elle s'éloignait rarement autant sans ressentir de la peur. Nous avons tapoté en disant : "Ce que ma voix intérieure me dit." et avons continué.

Environ 50 mètres plus loin, elle a dit qu'elle se sentait congestionnée, peut-être à une intensité de 2 ou 3. J'ai compris qu'il s'agissait d'un symptôme physique parce qu'elle n'avait pas l'habitude de s'éloigner autant. Deux petites séquences EFT, et la congestion était partie. Nous avons avancé encore une cinquaine de mètres. Ses mâchoires se serraient. C'était un 4. Une séquence, et c'était parti. Nous avons avancé de nouveau. Nous avions dépassé sa limite habituelle, et elle ne ressentait aucune peur. Mais, elle voulait retourner chez elle pour deux raisons :

Bien qu'elle ne sentait aucune peur à ce moment précis, sa voix intérieure lui disait toujours de faire attention. Ceci était soit un indice qu'il nous fallait tapoter de nouveau sur d'autres problèmes OU elle recevait de véritables messages de prudence. "Après tout, ceci pourrait être une exception à la règle. Tu es peut-être simplement chanceuse aujourd'hui. Tu sais ce qu'est la panique. Sois raisonnable. 25 ans de douleur émotionnelle ne disparaît pas en quelques minutes."

J commençait à s'agiter et toute cette histoire l'ennuyait un peu et il voulait rentrer à la maison.

Reste-t-il autre chose à faire ? Probablement. Nous avons beaucoup d'histoires de son passé ici : un blanc de mémoire par rapport à son enfance; une longue vie d'abus et d'injures de la part de ses parents et sa famille... Mais nous avons quand même accompli beaucoup en une heure et demi.

Commentaires de Dr. Fred Gallo :

Excellente session. J'ai bien aimé ton approche. Je trouve aussi que tu as bien fait d'aborder des problèmes moins sérieux avant d'aborder le problème principal. En plus de démontrer l'efficacité de la technique, ces problèmes moins importants avaient trait à sa relation avec ses parents, surtout sa mère, et sa mère ne l'aimant pas. Selon John Diamond et la psychanalyste Melanie Klein, ceci est le coeur même de plusieurs pathologies : avouer que ma mère m'aime et que je l'aime aussi. Le fait de diminuer la pensée que sa mère ne l'aime pas a peut-être faire remonter d'autres pensées reliées à sa mère. Ainsi, tu as peut-être fait des tapotements non seulement pour le symptôme qui est remonté mais aussi pour d'autres situations intérieures. Bien sûr, c'est ta cliente qui a soulevé ces problèmes, mais c'est ce qui se produit si tu demeures ouvert à ce que les clients ont à offrir. Merveilleux.

Gary a fait un suivi: Lors de notre première session, nous nous sommes éloignés de sa maison, bien au-delà de sa limite habituelle de 50 mètres. Elle n'a ressenti aucune peur. Son seul souci était qu'elle entendait toujours une voix intérieure qui lui disait d'être prudente parce qu'elle sait ce qu'est la panique et qu'elle devrait ne pas trop insister. C'est tout à fait normal, parce qu'aller au-delà de ses limites représente un inconnu pour elle.

Deux jours plus tard, elle m'a dit qu'elle était allée faire une promenade avec son mari, et qu'elle avait marché beaucoup plus loin. Elle se souvenait de la technique EFT de base et l'a utilisé une fois ou deux pendant leur promenade. Elle n'a jamais vraiment ressenti de peur, mais a tapoté "au cas où." Aussi, elle a accompagné son mari en voiture jusqu'au bureau de poste, situé à environ 4 kilomètres. Elle l'avait déjà fait, mais s'était toujours sentie bien inconfortable. Cette fois, aucun inconfort - pas de jointures blanches, pas de panique, pas de serrement au niveau du thorax. Rien.

J'avoue que j'éais un peu surpris parce que je croyais que l'agoraphobie serait un problème à plusieurs aspects and exigerait plusieurs sessions. Mais nous n'avons eu qu'une seule session, et la peur n'est pas revenue. Elle a tapoté à quelques reprises, mais n'en avait pas vraiment besoin. Elle est quand même prudente parce qu'elle ne veux pas trop s'aventurer dans ce qu'elle perçoit comme l'inconnu. Selon moi, c'est là une réaction saine et tout à fait normale.

La prochaine étape, selon moi, serait de s'éloigner de plus en plus pour s'assurer que l'agoraphobie est vraiment partie. C'est important pour deux raisons. D'abord, Marie s'aventure dans l'inconnu afin que ceci agrandisse son domaine du "connu". Elle pourrait ainsi grandir confortablement. Et ensuite, s'il restait des aspects non résolus de cette agoraphobie, ils remonteraient dans une véritable situation. Je croyais que ce serait bien pour elle d'être accompagnée à ce moment-là par une personne compétente avec EFT.

J'ai donc demandé à Marie d'imaginer qu'elle se rendait chez moi à Gualala, avec moi, à une quarantaine de kilomètres. Je lui ai dit de s'arrêter dès qu'elle ressentait une tension, et nous pourrions en parler et/ou tapoter. Elle a fermé les yeux et a imaginé ce voyage. Au bout d'un moment, elle a ouvert les yeux, levé la main et dit qu'elle sentait une intensité de 5 en imaginant qu'elle passait près des étables, à une dizaine de kilomètres de chez moi. En lui parlant, j'ai découvert qu'elle avait essayé de le faire 12 ans plus tôt et s'était sentie très inconfortable pendant le trajet. En arrivant près des étables, la panique avait pris le dessus. C'est ce qui causait le 5. Ce n'était pas la véritable peur en imaginant le voyage, mais une mémoire de la peur ressentie 12 ans plus tôt. Elle n'était jamais retournée. J'étais ravi que l'intensité ne soit qu'un 5, parce que pour d'autres situations, c'est souvent un 10.

Nous avons tapoté pour la peur entourant les étables et en peu de temps, l'avons réduit à un z&eacue;ro. Ensuite, est arrivée la question : "Veux-tu m'accompagner à Gualala ?"

"Non !"

Et j'ai pensé : "Ah-ha. Nous y arrivons." Je savais qu'il restait de la peur, parce qu'après tout, le véritable problème est l'agoraphobie. Ce n'est pas un des ces fréquents miracles-minute. J'ai découvert que le véritable problème sous-jacent n'était pas la peur, mais la confiance. Sa voix intérieure lui parlait encore, disant : "Et si tu repars, et que tu paniques de nouveau ? Te ramèneras-t-il chez toi ? Il dit que oui, mais le connais-tu assez bien ? Ne cours pas ce risque ! Le risque est trop grand ! Si tu paniques véritablement, tu ne sais pas ce qui pourrait arriver."

Se rendre à Gualala était, pour elle, un inconnu. Il nous fallait faire de plus petits pas.

J'ai donc parlé de son problème de confiance et elle a avoué que c'était un énorme problème pour elle. Selon sa perception, les gens la laissaient toujours tomber. Sa voix intérieure lui disait : "Gary est une bonne personne. Il semble avoir de bonnes intentions, mais au moment voulu, peux-tu lui faire confiance ?" Nous avons tapoté pour des problèmes de son passé, avec un certain succès.

J'ai ensuite proposé que l'on fasse un petit pas. J'ai suggéré d'aller jusqu'au bureau de poste, puisqu'elle l'avait fait sans peur. La seule différence, c'est que ce serait avec moi et non son mari. Elle voulait savoir s'il pouvait nous accompagner. J'ai dit oui. Elle est sortie pour l'inviter, mais il était occupé et ne pouvait venir avec nou. Elle a quand même accepté de faire le court trajet avec moi. Je pense que sa confiance en moi a augmenté puisque j'avais accepté que son mari nous accompagne.

Une fois assise dans la voiture, j'ai demandé si elle ressentait de la tension. Elle a dit : "C'est un 1, je crois." Nous avons tapoté et l'avons réduit à zéro, mais j'étais un peu surpris d'entendre sa réponse : "Je crois que je suis à un zéro, mais je ne sais pas vraiment ce qu'est un zéro, parce que je ne me suis jamais rendue jusque là. Mais, je suis confortable."

Nous nous sommes rendus au bureau de poste. Une fois arrivés, j'ai demandé si elle voulait faire encore un kilomètre, pour voir si elle pouvait dépasser cette limite sans peur. Elle a accepté, et nous avons fait un autre kilomètre. Ensuite un autre, et ainsi, jusqu'à quatre kilomètres. J'ai ensuite rebroussé chemin, parce que je ne voulais pas abuser de sa confiance. Elle n'a pas eu peur. Elle souriait, parlait, était détendue.

Je l'ai déposée chez elle en lui disant que je reviendrais une autre fois pour voir si elle pouvait se laisser conduire un peu plus loin.

Ce matin, elle a téléphoné et sa voix était toute animée. Son mari se rendait près de Gualala ce jour-là et elle lui a demandé si elle pouvait l'accompagner. Aucune peur. Pas le moindre signe de peur en passant près des étables. Cette histoire a peut-être d'autres aspects, mais Marie vit une liberté qu'elle n'a pas connue depuis 25 ans. Et si vous vous demandez comment moi, je me sens - eh, bien, je flotte sur des nuages. Je suis toujours étourdi de voir que les choses se sont passées aussi rapidement. Eh bien.

Adapté et traduit, avec permission.