Nous recevions à la maison des amis : les parents et leur fille de 14 ans que j'appellerai ici Brigitte. Brigitte est une file de la ville, habituée aux bruits incessants et éloignée des petites bêtes de la campagne. Or, dans notre vieille maison campagnarde, sa première nuit fut difficile. Vers une heure du matin, le silence et le bruit de la nature la tint réveillée et sa maman dû la rassurer pour qu'elle se rendorme. La seconde nuit, ce fut pire. Vers la même heure, elle se réveilla à nouveau et terrorisée, elle finit la nuit dans le lit de ses parents. C'est au petit déjeuner de ce matin-là que j'appris toute l'histoire. J'étais fort étonnée et je m'adressai à Brigitte :
- "Mais que se passe-t-il ? Est-ce le manque de bruit des voitures qui te perturbe ?"
- "Non," me répond-t-elle.
- "Alors, c'est quoi ? Ce n'est plus un âge d'aller finir ta nuit dans le lit de tes parents ! Il nous faut trouver une solution !"
- "Ce sont les fantômes !"
- "Mais s'il y a des fantômes ici, ils ne peuvent être que gentils, tu sais !"
- " ... "
Au vu de sa tête exprimant une inquiétude fort prononcée, la peur était réelle pour elle. Alors il fallait vraiment l'aider. Je lui expliquai que si elle le désirait, nous irions passer un petit moment toutes les deux dans le cabinet de consultation pour s'occuper de ce dérangement occasionnel, juste avant de se coucher ce soir. Elle accepta volontiers. La peur de départ, "les fantômes dans ma chambre" était à 10. Elle descendit d'intensité en une séquence alors qu'elle les imaginait s'éloigner et sortir par la fenêtre sur une deuxième séquence. Cette scène était arrivée à zéro mais je lisais toujours une certaine peur dans ses yeux. Alors je lui demandai si elle avait eu peur des fantômes une autre fois dans sa vie. Oui, cela avait été le cas avec l'une de ses copines, son oncle lui avait raconté des histoires de fantômes et elles avaient, en discutant toutes les deux, eu de plus en plus peur. Je lui demandai de repenser à cette scène qui se posa sur 10 instantanément. En deux séquences, le zéro était présent. Son visage était détendu et ses yeux paisibles. Nous avions travaillé 20 minutes.
Elle sortit du cabinet, ouvrit la porte de sa chambre déjà dans l'obscurité, regarda à l'intérieur et me dit : "Je ne ressens plus rien, c'est parti !"
Devenant plus experte dans les histoires de fantômes, du coup, j'ai eu l'occasion d'aider un autre petit de 9 ans. Sa peur est partie en deux séquences sous les yeux étonnés de sa maman. A la fin de sa deuxième séquence, cela le faisait vraiment rire. Je l'observe très souvent d'ailleurs, lorsque la peur est partie, le rire vient car les personnes trouvent tout ceci ridicule. Avec le rire vient aussi un sentiment d'immense libération intérieure, comme un gros poids qui est dégagé. (Christine - Août 2003)